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<h1><font color="ffrrte">Motivation, soutien et contrôle ; les mots clés d’un apprentissage réussi </font></h1>
Nous enseignons généralement à des classes hétérogènes. D’ailleurs, c’est rare de tomber sur une classe homogène. Car, les élèves apprennent, chacun avec un rythme qui lui est propre en raison des données sociales, psychologiques, culturelles et physiologiques.
Certes, l ‘hétérogénéité présente de réels obstacles quant au processus de l’enseignement- apprentissage, à savoir q’elle en fait ralentir le débit prévu, qu’elle affecte le progrès des apprenants en avance, …cependant, le phénomène de l’hétérogénéité offre des avantages de grand intérêt : l’enseignant se met, alors, continuellement en question, chose qui l’invite à revoir l’objet enseigné, à penser, si besoin est, à d’autres approches ou à d ‘autres pédagogies ; il recourt en permanence à la procédure de rétrospection, ce qui renforce les acquis des élèves et rectifie leurs erreurs éventuelles…
En effet, l’on peut classer nos élèves, en fonction de leurs rendements scolaires, sous quatre catégories distinctes :
vLa première catégorie est constituée d’éléments qui assimilent ce qui ‘ils reçoivent, et qui participent, grâce à leur interaction et créativité, au bon déroulement des cours et à leur richesse .
vLa deuxième catégorie comprend des éléments qui arrivent à saisir tant bien que mal les messages dispensés. Ils sont certainement confrontés à des difficultés, mais grâce à leur volonté et à l’aide persistante de l’enseignant, ils sont amenés à comprendre, du moins l’essentiel.
Les arrêts- bilans ainsi que l’évaluation formative profitent amplement à cette catégorie .
vLa troisième catégorie est composée d’élèves passifs, qui suivent à grand- peine les cours. Ce sont généralement des élèves qui n’ont pas retenu le savoir et le savoir-faire vus auparavant. Ils se voient au milieu de l’échelle ; on les y a fait parvenir sans qu’ils aient escaladé de leurs propres et réels efforts les marches inférieures-ils ne savent malheureusement pas non plus comment franchir les marches à venir. Ce qui est pourtant remarquable chez les élèves de cette catégorie est leur assiduïté- peut- être plus par obligation que par intérêt, ou peut- être parce qu’ils nourrissent, au fond d’eux-mêmes, l’espoir d’une situation meilleure…
vLa dernière catégorie regroupe des élèves trop en retard par rapport à leurs camarades. L’absence en est la caractéristique flagrante ; on les voit flâner dans la rue au moment où ils devraient se trouver en classe, tant ils sont désintéressés. Quand ils font leur réapparition, c’est juste pour passer le temps et chercher à se divertir parmi leurs semblables…
Force est de reconnaître que ces deux dernières catégories ne font pas l’objet d’une attention suffisante de notre part, si ce n’est à travers réprimandes et punitions…
Mais, qu’est- ce qui crée chez eux ce désintérêt à l’égard des études ? qu’est- ce qui leur fait fuir l’école ? pourquoi ne participent- ils pas en classe ?…
Afin d’avoir des réponses à ces questions et à d’autres qui me tiennent à cœur, et dans l’intention de mieux connaître leurs situations, je leur ai confié quelques questions du type :
Pourquoi vous absentez- vous si souvent ?
Qu’est- ce qui vous empêche de participer en classe ?
Pourquoi ne faites- vous pas vos exercices à la maison ?
Où allez- vous quand vous vous absentez ?…
Les réponses que j’ai recueillies, ensuite, se résument en ceci :
1-Je n’aime pas venir à l’école ;
2- Quand je m’absente, je vais jouer au billard ;
3- Les professeurs sont méchants avec moi ;
4- A la maison, personne ne m’aide à faire mes devoirs ;
5- Je ne comprends pas les leçons ; elles sont difficiles ;
6- Personne ne me demande des comptes chez moi ; je peux faire tout ce qui me plaît ;
7- J’aime mieux pratiquer le sport ;
8- En dehors de l’école, je me sens libre ;
9- Je m’ennuie dans la classe ;
10- Mon grand frère chôme depuis cinq ans, après sa licence…
A parcourir cet échantillon de réponses d’élèves, nous pouvons avancer les observations suivantes :
Ä      Les élèves évoquent trois milieux différents qui influencent leur vie scolaire : La famille, La rue et l’école;
Ä      Dans la moitié des répliques, les élèves raisonnent en termes d’émotion ( 1-2-7-8- 9);
Ä      Quant il est question de son propre rendement à l’école, l’élève rejette la responsabilité sur les autres (4-5-6-10) ;
Ä      L’élève, en proie à l’ennui, cherche à se divertir en dehors de la classe (2-7-8-9) ;
Ä      Les élèves affectent de l’insouciance quant à l’avenir, à part la réplique (10)…
REFLEXIONS ET PERSPECTIVES :
Avant d’accéder à l’école, l’élève se trouve au départ au sein d’une famille où véhicule une ambiance particulière. L’enfant, à son insu, en garde des empreintes qui peuvent être aussi positives que négatives. En effet, il cherche inconsciemment une idole, parmi les personnes qui l’entourent et s’attache en général à ses parents. Il imite leurs attitudes, rythme son quotidien sur leurs recommandations. Même s’il grandit et commence à chercher son indépendance, dont le degré dépend de ses réactions envers son idole, les traces de celle-ci continuent de faire leurs effets. Le bourgeon, quelque loin soit- il, tient une partie de sa sève des racines d’origine.
Tant que les parents mènent à bien leurs devoirs auprès de leur progéniture, ils ont de fortes chances de ne pas maudire le jour qui les a vus naître. Pourtant, certains parents, la nature de leurs travaux s’y mêlant, observent une absence permanente du foyer. Chose qui ne peut se révéler bénéfique aux enfants. D’autre parents, qui n’ont eu la gracieuse opportunité de passer par l’école, se voient incapables d’assurer le suivi pédagogique auprès de leurs petits. D’un autre côté, nombreux sont les parents qui se croient- ou qui veulent se croire- de nos jours, dispensés de cette principale fonction en assumant uniquement les dépenses matérielles de la famille. Il n’est pas besoin de rappeler l’ image des terrasses de cafés toujours entassées la nuit comme le jour. C’est devenu si rare de voir un père, un livre à la main, en train de feuiller, d’interroger et d’expliquer à son enfant …
Nul ne peut nier qu’un enfant assisté, soutenu et contrôlé par sa famille a plus de chances d’exceller dans ses études .
Néanmoins, l’action des parents ne doit pas être réduite à l’enclos familial, il s’avère de grand intérêt qu’elle se joint aux efforts des enseignants. Jusqu’à présent, nous ne voyons effectivement aucune forme de coopération sérieuse entre eux.
Il s’agit là de deux mondes isolés que ne relie aucun pont de liaison. Aussi les parents ne vont- ils pas de plein gré s’enquérir de l’état d’apprentissage de leurs enfants ; quand on les convoque, c’est juste pour régler un problème d’urgence se rapportant à l’assiduité et la conduite des élèves dans l’établissement. Leur intervention, comme chacun sait, ne se fait pas durant la période de l’apprentissage en y participant- mais elle survient à son terme, juste pour apprécier sommairement les résultats finals .
L’enseignant, de son côté, se comporte avec ses élèves à partir de l‘image qu’il s’est construite en se basant sur leurs actions et réactions. Beaucoup de phénomènes, qui surviennent en classe et qui pourraient trouver de la compréhension et la solution de la part de l’enseignant, demeurent vagues et sans explication, faute d’informations suffisantes sur l’autre face de l’élève (la famille).
Deux mondes qui devraient se compléter, collaborer afin de prévoir des stratégies communes puisqu’ils ont en commun l’objet (l’apprenant)et l’objectif (l’éducation). Il s’agit là d’une option si ambitieuse qu’elle peut prêter au découragement. Pourtant, ce décloisonnement auquel je fais allusion ne me paraît pas aussi impossible qu’il semble être. Dans cette perspective, on peut envisager :
J      Des réunions qui visent la sensibilisation des parents quant à leurs fonctions vis- à- vis de leurs enfants.
J      Des rencontres entre enseignants et parents pour discuter des principaux problèmes des apprenants et réfléchir aux stratégies à adopter .
J      Des fiches- renseignements sur les élèves. Lesquelles fiches doivent être remplies par la famille (renseignements d’ordre social, psychologique, physiologique)…
Il existe, en outre, un autre champ qui sollicite une attention non moins importante des enseignants et des parents : c’est la rue ; ce courant houleux dont les deux rives sont constituées par la famille et l’école, l’enfant sort de chez lui et se voit obligé, afin d’atteindre l’école, de passer par la rue. Nos craintes, à propos de ce milieu, naissent notamment de la nature fragile et vulnérable des apprenants-enfants et adolescents.
En effet, ils sont faciles à séduire, à convaincre et à vaincre, vu qu’ils manquent d’expériences, de raisonnement, d’indépendance … nous avons donc de faibles êtres désarmés devant un courant puissant et impétueux où on trouve : le déchaînement des instincts vicieux, l’injustice toute crue, les maux sociaux en pleine explosion, la révolte contre les convenances et les valeurs …
Bref, notre rue est vraiment une jungle où le moins fort est à la merci du plus dort, ce qu’on voit aujourd’hui dans les gares routières en est l’exemple éloquent. L’enfant livré à lui-même risque de se faire entraîner dans ce courant où tant de choses l’appellent avec insistance.
Que faire alors face à ce champ si épineux ?
Certes, on ne peut priver les gens de pénétrer dans la mer, par peur de les voir se noyer. Mais la raison veut qu’on leur apprenne à bien s’y baigner…
Le rôle de l’école et de la famille à ce niveau est de favoriser un passage sain et fructueux - car la rue ne manque pas d’intérêts - et une protection contre la débauche.
On constate que de nombreux parents ont recours au châtiment corporel dès qu’ils surprennent leur progéniture faisant un acte déplaisant ou inconvenable. Or, la violence répugne à l’enfant ainsi qu’à l’adolescent ; elle crée chez eux des réactions de révolte si ce n’est la soumission aveugle … . Il est donc profitable pour les parents et leurs enfants d’établir, entre eux, des liens d’amitié qui faciliteraient une communication basée sur la franchise et la tolérance.
Nous avons observé plus haut que les élèves ressentent de l’ennui au sein de l’école. Dans leurs répliques, ils ont confié qu’ils n’aiment pas y venir, qu’en dehors, ils se sentent libres. C’est ce qui les pousse parfois à faire l’école buissonnière et à chercher du divertissement dans d’autres lieux. Mais, d’où vient donc cet ennui ?
En effet, on ne peut ici délimiter toutes les sources de l’ennui des apprenants ; cependant, du côté de l’école, on peut citer entre autres :
a      La méthode adoptée à présent en classe est une méthode dépassée, vu qu’elle ne favorise pas la créativité des écoliers …
a      Le contenu des cours ne motive pas la majorité des élèves, tant les thèmes évoqués sont loin de leurs préoccupations…
a      La difficulté qu’éprouvent beaucoup d’élèves dans l’assimilation des cours reste dans la plupart des cas en suspens, sans issu. Le soutien survenu de temps à autre ne s’attarde pas suffisamment aux grands écarts qui existent entre les élèves…
Sur un autre plan, l’image actuelle de l’enseignement se trouve ternie et a des effets négatifs sur les dispositions des apprenants en matière d’apprentissage. En effet, les réalités sombres, que chacun sait, en sont à l’origine, à savoir : l’enseignement souffre d’énormes handicaps … la situation des enseignants est vraiment critique … les horizons de l’école publique dans le domaine du travail demeurent vagues et inquiétantes …
L’élève, donc, au fur et à mesure qu’il en prend conscience, perd sa confiance, à l’instar de son entourage, en la valeur et l’avenir de l’enseignement.
A la fin, pour que l’école reprenne sa belle image et qu’elle puisse rejouer pleinement ses nobles fonctions, il faut que tous les partenaires de l’action - depuis l’instituteur jusqu’au ministère en passant par les parents – s’unissent dans un esprit de coopération afin de réfléchir sérieusement aux questions épineux qui touchent les différentes facettes de l’apprentissage - enseignement, et d’agir avec foi, bonne intention et patriotisme.
par : MAHRIR KHALID